
Le débat est relancé à chaque actualité sur la santé de Steve Jobs : doit-on parler ce qui relève a priori de la sphère privée ?
Régulièrement, des lecteurs interviennent et nous encouragent à ne pas donner suite aux rumeurs.
« Boycottons et ne lisons pas les articles liés a la santé ou à la maladie des individus cités.
Merci de respecter la vie privée.
nous a dit cette fois eauliv, après les rumeurs sur la santé dégradée de Steve Jobs, publiées mardi par Gizmodo.
Jim Goldman, journaliste de CNBC, recommande de s’en tenir à cette ligne, dans un billet mis en ligne mercredi sur son blog.
« Les médias et les blogueurs veulent essaimer vos pensées et vos opinions de mots chocs, de rumeurs, d’insinuations et d’indignation. Ne vous laissez pas prendre à ce piège. Soit Jobs peut faire le boulot, soit il ne le peut pas. Apple le sait. Et connaît la loi. Ce qui signifie que nous pouvons supposer que si Apple n’a rien à annoncer concernant la santé de Steve Jobs [...], Jobs est suffisamment en bonne santé pour faire son travail. Et c’est tout ce qui compte. »
À MacGeneration, nous nous sommes naturellement posé plus d’une fois la question du mode traitement des actualités liées à la santé de Steve Jobs. La réponse est visible sur le site : oui, nous en parlons. Voici pourquoi.
- Steve Jobs incarne Apple, dont le futur est incertain. Nous abordons le sujet, parce qu’il donne l’occasion de se pencher sur l’organisation d’Apple. Il est parfaitement normal de se demander ce que la société, une des plus suivies et des plus admirées au monde, deviendra sans son emblématique patron et co-fondateur, et quelle pourra être la transition à sa tête. C’est, quel que soit l’état de santé actuel de Steve Jobs, une question d’importance qui se pose et se posera dans les prochaines années.
- L’état de santé de Steve Jobs a des effets concrets sur Apple, qui peut dévisser de 3% sur les marchés et perdre ainsi des centaines de millions de dollars de capitalisation boursière, le tout parce qu’un hurluberlu déclare qu’il a vu Jobs admis en urgence à l’hôpital. Il est impossible de l’ignorer, à moins de renoncer à un pan de l’actualité financière d’Apple auquel nous sommes attachés.
- Steve Jobs en parle. La communication d’Apple, habituellement impeccable, a varié au fil des mois, témoignant d’un certain flottement. Longtemps, les attachés de presse se sont échinés à souligner le caractère privé de la santé de leur patron. Cela pouvait tenir, jusqu’à la double mention de sa bonne forme, par Steve Jobs lui-même, à l’occasion de la présentation de nouveaux iPod et MacBook. Dans un cadre inopportun, l’intéressé a tout à la fois admis définitivement le sujet sur la place publique et balayé les doutes par une boutade, sans tout à fait convaincre.
Pouvait-il en être autrement ? Réflexion faite, cela n’a rien évident. Ces deux slides témoignent de la difficulté à communiquer sur cette question, depuis la source même du problème – Apple et Steve Jobs – jusqu’aux médias qui les suivent, en majorité très respectables. Et ce dès le cancer antidaté de 2004. Où finit l’information sur Apple, où débute l’indécence ? Et comment apporter une réponse définitive et incontestable à cette question, si l’issue n’est pas funeste ?
Il n’y a pas de bonne solution, facile à tenir. Convaincus toutefois, pour les trois raisons évoquées plus haut, que la condition de Steve Jobs a des retombées publiques qui ne doivent pas être occultées et conscients de la difficulté de l’exercice, nous avons en tout cas choisi d’en parler et l’assumons. Mais nous nous employons systématiquement (y parvenons-nous ?) à écrire avec mesure, en nous interrogeant par exemple sur la fiabilité des informations mises en ligne sur un site participatif.
Nous tâchons aussi et surtout de ne jamais perdre de vue, dans le flot d’informations déversées au quotidien, qu’il ne s’agit pas là de considérations un peu futiles sur de nouveaux Mac, iPhone ou iPod, mais de la vie d’un homme. Ce que Gizmodo, en avouant se fonder sur une source anonyme connue pour l’exactitude de ses informations sur les futurs produits Apple, a sur le coup quelque peu perdu de vue.